Description

Les Provinciales telles que nous les connaissons, ont mis un certain temps à se former comme œuvre unitaire. L’évolution comporte plusieurs étapes.

Les dix-huit lettres ont été imprimées de janvier 1656 à mai 1657, à part les unes des autres. Chacune d’entre elles a subi plusieurs tirages, simultanés ou successifs, différents les uns des autres en raison de corrections typographiques ou de modifications qui y ont été apportées. Il n’existe pas encore actuellement de synthèse sur ces différents tirages. Il faudra attendre l’édition préparée par Jean Mesnard pour en avoir l’état chronologique complet. On peut se faire une idée de l’intérêt de cette recherche en lisant son étude, « Prélude à l’édition des Provinciales », in Treize études sur Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, P.U.B.P., 2004, p. 95-104. Voir en attendant dans GEF VII p. 77 sq., la table des éditions publiées du  vivant de Pascal.

Dans une seconde étape, les dix-huit lettres ont été réunies en un volume in-4°, sous le titre Les Provinciales ou les lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. jésuites, qui sort dans les premiers mois de 1657. Il s’agit d’un recueil factice des pièces séparées, précédé par une page de titre et d’un Avertissement sur les XVII lettres où sont expliqués les sujets qui sont traités dans chacune, dû à la plume de Nicole et composé vers février-mars 1657. Ce recueil, confectionné à un moment où la XVIIIeProvinciale n’était pas sortie (elle est datée du 24 mars 1657 et n’est sortie qu’un mois et demi plus tard), ne comporte que dix-sept pièces. Dans le R 5452 de la BCIU de Clermont, la dix-huitième Provinciale est à part : PASCAL Blaise, Lettre escritte à un provincial par un de ses amis sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne, sl, sn, [1656-1657]. Chaque lettre, jusqu’à la dix-septième inclusivement, a une pagination spéciale ; la dix-huitième du 24 mars 1657 est manuscrite. Elle est suivie de Lettre d’un Avocat au Parlement à un de ses amis touchant l’inquisition qu’on veut établir en France de la nouvelle Bulle du Pape Alexandre VII, manuscrite.

De même, Pascal Blaise, Les Provinciales ou Les Lettres écrites par Louis de Montalte à un Provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites Édition dans laquelle on a ajouté la Lettre d’un avocat du Parlement à un de ses amis, Cologne, chez Nicolas Schoute (Page de titre générale manuscrite. Date manuscrite : 1656 (?). La Dix-huitième lettre au Révérend P. Annat, Jésuite , manuscrite. BCIU : R 5597.

Les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis, et aux R.R. P.P. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces pères, Cologne, chez Pierre de la Vallée, 1657. Contient à la suite de Avertissement sur les XVIII lettres…, et Rondeau aux RR. PP. Jésuites, les dix-huit lettres chaque lettre avec pagination distincte, avec la Réponse du provincial aux deux premières lettres, et la Réfutation de la réponse à la douzième lettre, puis à la suite, parmi d’autres ouvrages, la Lettre de Monsieur Arnauld, Docteur de Sorbonne à une personne de condition sur ce qui est arrivé depuis peu, dans une paroisse de Paris, à un seigneur de la Cour, troisième édition, Paris, 1657, et la Seconde lettre de Monsieur Arnauld, Docteur de Sorbonne à un duc et pair de France, pour servir de réponse à plusieurs écrits qui ont été publiés contre sa première lettre, sur ce qui est arrivé à un seigneur de la Cour, dans une paroisse de Paris, troisième édition, Paris, 1657. BMIU : R 1035

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Troisième étape : en juin-juillet 1657, sous le pseudonyme de Pierre de La Vallée, à Cologne, Daniel Elzevier, libraire d’Amsterdam, publie une première édition in-12°. Elle sera suivie dès la fin 1657 par une seconde édition in-12, qui diffère de la première, et comporte plusieurs remaniements (voir par exemple le sixième paragraphe de la Provinciale II). La BCIU de Clermont possède plusieurs exemplaires de cette édition collective des Provinciales.

Le volume coté BCIU R 5619 : Les Provinciales ou Les Lettres écrites par Louis de Montalte, à un provincial de ses amis, et aux RR. PP. jésuites sur le sujet de la morale, et de la politique de ces pères, Cologne, Pierre de la Vallée, 1657 contient aussi l’Avis de Messieurs les curés de Paris à Messieurs les Curés des autres diocèses de France…, Copie de la requête présentée par Messieurs les curés de Rouen à Monseigneur leur Archevêque…, Table des propositions contenues dans l’extrait de quelques unes des plus dangereuses propositions de la morale de plusieurs nouveaux casuistes, fidèlement tirées de leurs ouvrages, Lettre d’un curé de Rouen à un curé de la campagne, sur le procédé des Curés de ladite ville, contre la doctrine de quelques casuistes, pour servir de réfutation à un libelle intitulé : Réponse d’un théologien…, Requête des curés de Rouen présentée à Monsieur l’Official, le 26 d’octobre 1656, Remontrance de Messieurs les Curés de Paris à Nosseigneurs de l’Assemblée générale du clergé…, Principes et suites de la probabilité expliqués par Caramuel, l’un des plus célèbres entre les casuistes nouveaux…, Table des propositions contenues dans la suite de l’Extrait de plusieurs mauvaises propositions des nouveaux casuistes, recueillies par messieurs les curés de Paris, La censure des livres de Caramuel par feu M. l’Archevêque de Malines, Extrait de quelques propositions d’un nouvel auteur jésuite, nommé Mascarenhas, Extrait de plusieurs dangereuses propositions tirées des nouveaux casuistes…, Lettre écrite par Messire Jacques Boonen, Archevêque de Malines à Messeigneurs les Cardinaux de l’Inquisition de Rome, auxquels les Jésuites avaient appelé de ses Ordonnances, Propositions qu’on ne doit point souffrir dans la pratique, et qui doivent être condamnées par l’autorité des supérieurs.

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Quatrième étape : en 1659, chez Elzevier, mais sous le nom de Nicolas Schoute, à Cologne, sort une édition considérablement augmentée de pièces relatives à la lutte contre les casuistes. Cette édition a connu deux tirages. Elle est décrite dans l’édition Cognet, p. LXXX. La BCIU en possède une impression en deux volumes : Les Provinciales, ou les Lettres escrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. jésuites, avec la Theologie morale des dits Pères et nouveaux casuistes : représentée par leur pratique, et par leurs livres, divisée en cinq parties, Cologne, Nicolas Schoute, 1659, 2 vol.  BCIU : 41322. Cette édition a subi une importante révision, effectuée d’une part par Louis Gorin de Saint-Amour, et par un autre correcteur, mal identifié (voir l’éd. Cognet, p. LXXVII-LXXX). C’est ce texte que reproduit l’édition de Louis Cognet chez Garnier, revue par G. Ferreyrolles en 1992. C’est la dernière édition des Provinciales du vivant de Pascal.

La suivante aura lieu en 1666 : Les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte, à un Provincial de ses amis, et aux RR. PP. jésuites, Cologne, Nicolas Schoute, 1666. BCIU : A 42163

Les Provinciales ou les lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. jésuites. Avec la Théologie morale desdits pères et nouveaux casuistes, représentée par leur pratique et par leur livres, divisée en cinq parties, nouvelle édition augmentée de quelques pièces, À Cologne, Nicolas Schoute, 1666. BCIU : A 40419

Rapidement les Provinciales sont diffusées hors de France. Les Anglais sont premiers servis... Les Provinciales, or the Mystery of jesuitisme discovered in certain letters, written upon occasion of the present differences at Sorbonne, between the jansenists and the molinists : playing the pernicious Maximes of late Casuists ; Additionals to the Mystery of Jesuitism. The second Edition corrected ; with large additionals, London,  For Richard Royston, London, 1658. Recueil factice, relié avec : “Another part of The Mystery of jesuitism or the new heresie of the jésuites...together with The imaginary heresie in three letters.” BMIU : P 60735. Cette traduction anglaise parut vers septembre 1657. Port-Royal n’y est pour rien. C’est l’œuvre du théologien anglican Henry Hammond, qui avait travaillé sur des exemplaires du tirage original, et fait établir le texte par un traducteur professionnel, John Davies. Elle fut rééditée en 1658, et complétée en 1659 par une traduction des Écrits des Curés et d’autres pièces du même genre. Ces publications montrent l’intérêt que le public anglican accordaient à la campagne contre les casuistes, en raison de la polémique contre l’Église romaine.

Il existe une intéressante édition multilingue, mais tardive : Les Provinciales, ou Lettres écrites par Louis de Montalte à un Provincial de ses amis et aux RR. PP. jésuites, sur la morale et la politique de ces Pères, traduites en latin par Guillaume Wendrock,... en espagnol par le Sr Gratien Cordero, ... et en italien par le Sr Cosimo Brunetti Gentil-Homme Florentin, Cologne, Balthasar Winfelt, 1684. BCIU : 46502. Sur cette édition, préparée par Pontchâteau en 1681, alors qu’Arnauld se trouve à Delft, voir JACQUES Émile, Les années d’exil d’Antoine Arnauld, p. 257 et p. 291.

 

La traduction latine de Wendrock (Nicole) et sa traduction en français par Melle de Joncoux

L’édition à vocation internationale qui a eu le plus grand retentissement est la traduction latine établie par Nicole sous le titre Ludovici Montaltii Litterae Provinciales, de morali et politica jesuitarum disciplina, a Willelmo Wendrockio, e gallica in latinam linguam translatae, et theologicis notis illustratae quibus tum jesuitarum adversus Montaltium criminationes repelluntur, tum praecipua theologiae moralis capita a novorum casuistarum corruptelis vindicantur, Coloniae, Apud Nicolaum Schouten, 1658. BCIU : R 5720. Il en existe plusieurs exemplaires à la BCIU, de dates différentes. Voir GEF IV, p. 101 ; OC I, p. 1028, extrait de la Vie de Nicole : Nicole aurait entrepris la traduction sur l’assurance que Pascal reverrait sa traduction, « ce qui fut ainsi exécuté ».

Voir OC I, p. 895, extrait du Recueil de choses diverses ; Nicole « n’a pas un style uni. Ses notes sur Pascal sont plus mal écrites que ses lettres latines » ; autrement dit sa traduction latine des Provinciales est d’un meilleur latin que ses commentaires. Voir aussi SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 2, p. 220. Traduction revue par M. Louail.

            Pour donner accès au public mondain aux notes de Wendrock, celles-ci furent traduites en français par une amie de Port-Royal, Melle de Joncoux. La lecture des notes de Wendrock est quasi indispensable pour comprendre les Provinciales. Il existe de nombreuses éditions de cette traduction de Wendrock à la BCIU (A 40418 ; A 40417 ; A 35791 ; A 43276 ; A 40418 ; A 40417 ; 46502). Sur Françoise Marguerite de Joncoux (1668-1715), voir l’article du Dictionnaire de Port-Royal, et la biographie de WEAVER F. Ellen, Mademoiselle de Joncoux. Polémique janséniste à la veille de la bulle Unigenitus, Paris, Cerf, 2002.

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Parmi les nombreuses éditions ultérieures, on peut citer :

Texte primitif des Lettres Provinciales de Blaise Pascal d’après un exemplaire in-4° (1656-1657) où se trouvent des corrections en écriture du temps, éd. A. Lesieur, Paris, Hachette, 1867.

Les Provinciales ou Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis, et aux Révérends Pères jésuites publiées sur la dernière édition revue par Pascal, avec les variantes des éditions précédentes, et leur réfutation par l’abbé Maynard, Paris, Firmin Didot, 1851, 2 vol. Édition établie par un ennemi des jansénistes, ferme dans la dispute et fort comme un Turc sur les principes..

Les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux R.R. P.P.  jésuites, éd. Louis Cognet, Classiques Garnier, Paris, Garnier, 1965, rééd. 1983 ; éd. Louis Cognet mise à jour par Gérard Ferreyrolles, Paris, Bordas, 1992. Texte de 1659.

L’édition de L’Intégrale, Seuil, 1963, offre le texte de 1656-1657, mais les paragraphes y sont démembrés.

L’édition des Grands Écrivains de la France, publiée chez Hachette par Brunschvicg, Boutroux et Gazier, 1904-1914, donne les Provinciales dans les tomes IV à VII. Texte de l’impression originale avec une orthographe artificiellement vieillie. Les notices contiennent une riche information, avec les textes-sources et des extraits des réponses aux Provinciales.

L’édition de la Pléiade en deux volumes, par M. Le Guern, t. I, Paris, Gallimard, 1998, reproduit l’édition Folio, 1987, avec le texte de la deuxième impression de 1657.

Les recherches sur les Provinciales sont actuellement suspendues à la publication du tome V des Œuvres complètes par Jean Mesnard, qui devrait changer de fond en comble l’état de la question.

 

3. Les réponses aux Provinciales

Les volumes de la GEF donnent des extraits des réponses aux Provinciales. Outre les opuscules signalés à leur date dans le présent document[1], on peut lire le recueil des réponses officielles de la Compagnie de Jésus aux Provinciales : Réponses aux Lettres Provinciales publiées par le Secrétaire du Port-Royal contre les PP de la Compagnie de Jésus sur le sujet de la morale desdits Pères, Liège, Mathias Hovius, 1657, suivies de Conférence d’un catholique avec un janséniste, par François Péan de la Croullardière, Prêtre parisien et Docteur en Théologie, À Paris, chez L. Boulanger ...  et J. de la Caille, Paris, 1657. BCIU : R 5771. Le recueil a été réédité en 1658, puis en 1659 : Réponses aux Lettres Provinciales publiées par le Secrétaire du Port-Royal contre les PP de la Compagnie de Jésus sur le sujet de la morale desdits Pères, Liège, Mathias Hovius, 1659. BCIU : R 5602.

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PIROT Georges, Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes, par un théologien et professeur en droit canon, Cologne, 1658. BCIU : 41556.

FABRI Honoré,  Notae in notas W.Wendrockii, J. Busdeum, Cologne, 1659. BCIU : M 40047.

            Plus tardif, DANIEL Gabriel, Entretiens de Cléandre et d’Eudoxe, sur les Lettres au Provincial, Cologne, P. Marteau, 1694. BCIU : 41317. Éd. de Cologne, P. Marteau, 1696 : BCIU : 41323. Éd de Cologne, P. Marteau, 1697 : BCIU : 41318. Éd de Bruxelles, E. H. Frick, 1698 : BCIU : 131561. À quoi répond : PETITDIDIER Mathieu, Apologie des Lettres Provinciales, Delft, H. van Rhin, 1698, 2 vol. BCIU : 41319, R 5600 ; MON 1322 XVII PAS.


[1] De Jacques NOUËT, la BCIU possède les originales de la Lettre écrite à une personne de condition sur la conformité des reproches et des calomnies que les jansénistes publient contre les Pères de la Compagnie de Jésus avec celles que le ministre Du Moulin a publiées devant eux contre l’Église Romaine dans son livre des Traditions, slnd (juillet 1656), 12 p. in-4°. BCIU : R 5803 ; et des  Réponses a l’onzième lettre des Jansenistes, s.n., sl (1656). BCIU : R 5804 ; à la douzième, s.n. sl, (1656). BCIU : R 5805 ; à la treizième, s.n. sl, (1656). BCIU : R 5806 ; à la quatorzième, s.n. sl, (1656). BCIU : R 5807 ; à la quinzième, s.n. sl, (1656). BCIU : R 5808.