La Sorbone

Les Universités

LE GOFF Jacques, Un autre Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1999, p. 141 sq.

JOURDAIN Ch., Histoire de l’Université de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 1867, 2 vol.

Sur les Universités à l'époque classique, voir MESNARD Jean, « Le XVIIe siècle, époque de crise universitaire », in La culture du XVIIe siècle, p. 97-110. Au XVIIe siècle, l’institution dite Université est en décadence ; les universitaires participent fort peu à la véritable vie intellectuelle et artistique ; la culture du XVIIe siècle se constitue, pour une bonne part, dans un sens anti-universitaire. Alors que ce n’est pas du tout le cas au siècle précédent. Impression de puissance donnée par l’extension territoriale des Universités et l’importance de leurs bâtiments. Celle de Paris déploie une quarantaine de collèges sur tout un quartier de la rive gauche. Ressemblance avec les Universités d’Oxford et de Cambridge plutôt qu’avec universités d’aujourd’hui en France : p. 98. La Sorbonne, collège siège de la faculté de Théologie, est richement dotée par son proviseur Richelieu, auquel succèdera Mazarin : p. 98. Prestige de l’Université : p. 99. Pasquier consacre un livre sur dix de ses Recherches de la France à l’Université de Paris. Efforts de la couronne pour promouvoir le développement des universités : p. 99. Mais les lézardes qui apparaissent. Le prestige de l’Université vient surtout du passé. Les collèges tombent en désaffection ou en ruine, comme le collège de Coqueret, le collège de Boncourt qui a dû être rattaché au collège de Navarre. Le programme des études est en retard considérable sur l’évolution intellectuelle. Matières enseignées : latin, grec, rhétorique, philosophie ; sont négligées les sciences, dont les progrès sont pourtant décisifs à l’époque ; l’histoire et la géographie : p. 101. La doctrine de l'Université est dépassée : le fondement en est l’aristotélisme thomiste, figé en formules et incapable de renouvellement. Concurrence des jésuites, pourtant objets d’une terrible opposition gallicane à Paris, de l’enseignement des oratoriens, de Port-royal, dont le rayonnement est important grâce aux manuels. Les enfants des grandes familles ne vont plus à l’Université, mais dans ces établissements concurrents. Pour les ecclésiastiques, les séminaires qui se multiplient font aussi concurrence aux facultés de théologie. L’Université demeure à l’écart de la vie intellectuelle, qui se déroule au. collège Royal de France, à l’Académie française, à l’Académie Mersenne, origine de l’Académie de sciences, à l’académie des frères Dupuy. Nulle part la séparation entre vie académique et vie universitaire n’est aussi nette qu’en France. Création de petites institutions pour répondre au goût de la science et de la culture dans le public. Les salons : p. 104. La ville devient le véritable lieu de la vie intellectuelle. Autant de cercles intellectuels qui ne sont pas fondés par des universitaires. Les conférenciers mondains sont étrangers à l’Université. Le monde intellectuel évolue contre l’Université. L’honnête homme n’aurait pas pu se former à l’Université.

La Sorbonne

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TUILIER A., Histoire de l'Université de Paris et de la Sorbonne, Paris, 1994, 2 vol.

Sur les savants et l'Université, voir DUMAS, Vivre et philosopher au grand siècle, p. 148 sq.

GRES-GAYER Jacques M., Le Jansénisme en Sorbonne, 1643-1656, Klincksieck, Paris, 1996, 382 p.

PILLORGET R. et S., France baroque, France classique, II, Dictionnaire, p. 1111 sq. Au XVIIe siècle, le nom de Sorbonne est appliqué à quatre institutions différentes : d'abord le collège fondé en 1253 par Robert de Sorbon pour des étudiants en théologie ; ensuite la faculté de théologie, Sacra theologiae facultas, qui a fixé son siège dans ce collège ; on appelle Maison et société de Sorbonne l'association qui rassemble les bacheliers, les licenciés et les docteurs en théologie qui sortent de ce collège. Enfin il existe une Compagnie de Sorbonne, constituée par les docteurs de Sorbonne qui habitent Paris, et qui ne sont pas membres du clergé régulier, mais chanoines ou bénéficiers. Sur le fonctionnement de ces institutions, voir p. 1112. Noter que la Sacra theologiae facultas n'a pas le monopole de l'enseignement de la théologie, que l'on enseigne aussi dans d'autres collèges, comme le collège de Navarre par exemple. Elle comporte trois étages : le premier est constitué par les étudiants des hospites, quelques centaines sans doute, qui après avoir satisfait aux examens, porteront successivement les titres de bachelier, licencié et enfin docteur de la Maison de Sorbonne. Le deuxième comprend les socii au titre nuancé : bachelier ou docteur de la Maison et Société de Sorbonne. Enfin, au sommet, les socii bursales (boursiers) logés et entretenus dans la Sorbonne. A la tête de la maison se trouve un prieur élu chaque année assisté d'un senior qui préside la tablre. Au dessus se trouve le proviseur de Sorbonne, protecteur qui n'intervient qu'en cas de conflit. Enfin il existe une Compagnie de Sorbonne, constituée par les docteurs de Sorbonne qui habitent Paris, et qui ne sont pas membres du clergé régulier, mais chanoines ou bénéficiers. Lorsque cette compagnie se réunit, la faculté de théologie se joint à elle, et c'est le syndic de cette dernière qui propose à l'assistance les questions à débattre. C'est elle que désigne le plus souvent le terme la Sorbonne sous la plume des auteurs contemporains.

CARMONA Michel, La France de Richelieu, Paris, Ed. Complexe, 1985, p. 214 sq. La Sorbonne et l’Université : données générales.

MOUSNIER Roland, L’homme rouge, p. 404 sq. à partir de 1629, Richelieu a entrepris la reconstruction de la Sorbonne. Il en a été élu proviseur en 1622. Il se conduit comme son protecteur. Il entreprend la rénovation monumentale du collège. Dès juin 1626, il fait soumettre aux membres du collège un projet de rénovation qui les effraie quelque peu par son ampleur, qui comportait une bouleversement de plusieurs îlots du côté dela rue Saint-Jacques. Voir le détail des travaux et de leur déroulement dans MOUSNIER Roland, L’homme rouge, p. 404 sq. La démolition du collège de Sorbonne commence le 14 août 1626. Les travaux ont duré jusqu’en 1653.

BLUCHE François, Dictionnaire du grand siècle, p. 1459. Richelieu et la rénovation de l’Université de Paris. Les quatre sens du nom de Sorbonne : p. 405.

FUMAROLI Marc, L’âge de l’éloquence, p. 234-235. La Sorbonne est un bastion du gallicanisme contre l’envahissante monarchie pontificale.

Sur les rapports de Rome et de la Faculté de théologie de Paris, voir GRES-GAYER Jacques M., Le jansénisme en Sorbonne, 1643-1656, p. 99 sq. Méfiance de la Curie romaine ; efforts pour enrôler des théologiens sûrs, ce qui entraînait des divisions : p. 99. Efforts de Rome pour empêcher la formation d'un front des théologiens, en opposant les facultés de Louvain et de Paris : p. 99-100. Bourgeois constate qu'à Rome, on respecte la Sorbonne, mais on la craint : p. 101.

GRES-GAYER Jacques M., Le Jansénisme en Sorbonne, 1643-1656, p. 212 sq. La Faculté de théologie de Paris d'après le débat autour de la censure d'Arnauld.

GRES-GAYER Jacques M., « La Sorbonne et les Provinciales », La campagne des Provinciales, Chroniques de Port-Royal, 58, Paris, 2008, p. 15-33.

L’examen des livres à la Faculté de théologie

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne, Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 9 sq.

Les thèses à la Faculté de théologie

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne, Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 9. Sujets. Caractère de virtuosité. Les soutenances tournent parfois à la comédie.

MEYER V, « Les thèses, leur soutenance et leurs illustrations dans les universités françaises sous l’ancien régime », Mélanges de la bibliothèque de la Sorbonne, 12, 1992, p. 46-11.

La thèse n’est pas comme aujourd’hui un plus ou moins gros volume présenté pour la soutenance d’un doctorat ; il y en a plusieurs à des niveaux différents des études, et surtout elle n’est concrétisée que par une affiche à placarder ; parfois l’affiche comporte une image, comme dans le cas présent ; mais en général, l’image n’est pas, contrairement à ce que l’on représente ordinairement, une planche anatomique, mais plutôt une gravure des armes de la faculté ou un symbole du patron. Sur les thèses, voir MILLEPIERRES, La vie quotidienne des comédiens au temps de Molière, p. 22 sq. Sur les sujets soutenus : par exemple, l’usage des eaux minérales est-il à recommander pour combattre l’échauffement intestinal ? Le sujet n’est indifférent qu’en apparence, car au fond il a une portée politique : le médecin de Louis XIII le soignant par les eaux de Forges, on interdit d’en traiter désormais sous forme quodlibétique. Autre sujet : le bourgogne est-il plus agréable et meilleur pour la santé que le champagne ? On n’exclut pas les questions d’ordre théologique. Ou encore : le libertinage est-il cause de la calvitie ? Faut-il tenir compte des phases de la lune pour la coupe des cheveux ? Certaines thèses portaient sur des questions controversées : an a sanguine impulsum cor salit ? Les thèses dites cardinales portaient sur des questions d’hygiène ; la soutenance durait 7 heures de suite.

ROGER Jacques, Les sciences de la vie dans la pensée française du XVIIIe siècle, p. 11 sq. Aux examens, au baccalauréat, à la licence, au doctorat, on procède par interrogations et par thèses. La thèse fait 4 pages in-4°. Elle ne suppose aucun travail personnel. l’auteur est généralement le professeur qui préside la soutenance ; l’impétrant doit faire preuve de son savoir lors de la soutenance, mais surtout d’habileté dans le maniement du syllogisme. On lui pose des questions. Comme elle allie une théorie livresque et une pratique routinière, la thèse est bonne pour assurer l’amélioration de l’enseignement, mais elle est complètement inutile à l’avancement des sciences[1].

BLAY Michel et HALLEUX Robert, La science classique, XVIe-XVIIIe siècle, article Médecins, chirurgiens, apothicaires, p. 110 sq. Le rituel des examens est rhétorique et théâtralisé comme le reste. À Paris, il faut subir un examen de quatre jours pour être reçu bachelier. Pour la licence il faut soutenir deux thèses quodlibétaires (à sujet libre) et deux thèses cardinales, après quoi on est admis à la cérémonie du paranymphe (paranymphon, célébrant le mariage), où le licencié est symboliquement marié à la faculté par le doyen. Le doctorat s’obtient par l’examen dit des Vespéries, argumentation sur deux propositions contraires, et par la soutenance qui confère le bonnet (birretum) et l’anneau. Le nouveau docteur prend rang parmi les docteurs régents, quand il aura présidé sa première thèse quodlibétaire, ce qui constitue son acte pastillaire, ainsi dénommé par les pastilles de sucre qu’il offre ce jour-là au doyen. Chaque grade s’accompagne de cadeaux et de réjouissances, de sorte que les études médicales sont un investissement onéreux.

Le déroulement des délibérations de Sorbonne

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne, Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 8.

BEAUBRUN, Mémoires, GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 148. Une des raisons du manque d’ordre dans les débats : les évêques prétendaient intervenir non pas à leur tour, mais chaque fois qu’il leur semblait bon. Protestation de Chastelain à ce sujet.

BEAUBRUN, Mémoires, GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 209. Il faut réveiller le doyen endormi..

Thèse selon laquelle, dans l’affaire de la censure, la faculté de théologie usurpe une juridiction et n’a aucun droit de censurer

BEAUBRUN, Mémoires, GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne, Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 320.


[1] Noter qu’on peut en dire autant pour pas mal de thèses aujourd’hui.