P3 : Notes Wendrock

Note unique sur la troisième Lettre

Où l'on explique différentes choses dont l'intelligence

est nécessaire pour bien comprendre cette Lettre.

 

 

Montalte relève dans cette lettre toutes les injustices et les impertinences de la censure faite par la faction des molinistes, et il s'en raille délicatement et fortement même, si on en juge par rapport à la France au temps où nous sommes, où il y a souvent du danger de parler avec cette liberté ; mais si l'on considère le tort qu'elle fait à l'Église, il a eu trop de modération.

Il y a différentes choses dans cette lettre dont Montalte ne parle qu'en passant et à demi-mot, parce qu'elles sont publiques en France, mais qui n'étant pas connues en Allemagne n'y peuvent être entendues comme il faut, à moins qu'on ne les explique.

Telle est la plaisanterie qu'il fait sur la fin de sa Lettre, lorsqu'il dit : Les jésuites vivent au jour la journée : c'est de cette sorte qu'ils se sont maintenus jusqu'à présent ; tantôt par un catéchisme où un enfant condamne leurs adversaires : tantôt par une procession où la grâce suffisante mène l'efficace en triomphe : tantôt par une comédie où les diables emportent Jansénius : une autre fois par un almanach : maintenant par cette censure. Il a renfermé dans ce peu de mots quatre impertinences des jésuites.

La première, est ce catéchisme comique qu'ils ont accoutumé de faire à Paris dans leur superbe église de saint Louis, bâtie aux dépends du peuple. Dans ce catéchisme ils empruntent souvent la langue des enfants pour dire des injures à leurs adversaires, et ils leur enseignent moins la foi, que la calomnie. Montalte fait encore mention de ce catéchisme dans sa dix-septième Lettre.

La seconde, est une procession solennelle, ou pour mieux dire cette mascarade d'écoliers, qu'ils firent au carnaval en 1651 dans la ville de Mâcon : Un jeune homme bien fait déguisé en fille, frisé et orné de tous les ajustements convenables à ce sexe, y traînait un évêque lié derrière lui, qui suivait dans une triste contenance, le visage couvert d'un crêpe et une mitre de papier en dérision sur la tête : et afin que personne n'ignorât ce qui était marqué par cette nymphe qui paraissait dans un si pompeux appareil, elle avait un écriteau qui apprenait à tout le monde qu'elle était la grâce suffisante. Une troupe de jeunes gens suivait, dont une partie célébrait son triomphe, et l'autre insultait au malheur de l'évêque infortuné. Les fous étaient dans l'admiration et les sages dans le gémissement, ceux-là louant l'adresse des jésuites à faire des mascarades, et ceux-ci indignés jusqu'au fond du cœur de voir des religieux faire des choses si peu convenables à leur état.

La troisième impertinence est du même genre : c'est une tragédie qu'ils firent au Collège de Clermont, où ils représentaient Jansénius emporté par les diables de l'enfer.

Mais la quatrième que Montalte appelle un almanach leur a coûté bien cher, et ils se sont repentis plus d'une fois d'une telle invention. On débite ordinairement en France au mois de janvier un grand nombre d'images avec un calendrier, qu'on appelle des almanachs. Les jésuites trouvèrent que ce moyen était propre à insinuer leurs calomnies dans l'esprit des simples. Ils firent donc un almanach où Jansénius était représenté habillé en évêque avec des ailes de diable et escorté de l'ignorance, de l'erreur, et de la tromperie. On y voyait d'un côté le pape assisté de la Religion et de la puissance de l'Église, qui lançait des foudres contre lui : Et de l'autre le roi environné du zèle divin de la Piété, de la Concorde et de la Justice, qui le poursuivait avec son sceptre et l'épée de la justice : et les malheureux jansénistes en habits grotesques, désolés et chassés de tous côtés se réfugiaient chez les calvinistes.

Cet almanach ayant été répandu dans le menu peuple, faisait grand bruit parmi les harengères et les revendeuses, lorsque peu de temps après parut un écrit imprimé qui contenait environ mille vers et qui peignait ce bel almanach de couleurs bien plus nobles et plus agréables. Il avait pour titre Les enluminures du fameux almanach des pères jésuites. On n'avait encore rien vu en France de si bien fait en ce genre, ni rien qui dépeignit les jésuites d'une manière plus juste et plus naturelle, de sorte qu'après avoir bien raillé les autres ils le furent à leur tour, et la scène étant changée on vit d'un coup ceux que l'orgueil rendait insupportables, n'oser presque plus se montrer. Car ce livre était entre les mains de tout le monde depuis le plus petit jusqu'au plus grand, étant fait d'une manière qu'il divertissait les simples et satisfaisait les esprits les plus délicats.

Aussi ne doit-on pas le regarder comme une de ces satires plaisantes, mais inutile : car joignant la science et la solidité à la beauté et à l'agrément des vers, il attaque par d'heureuses saillies les corruptions des casuistes, il soutient fortement l'autorité de saint Augustin, et il explique même avec une netteté admirable les mystères et la force de la grâce. C'est pourquoi il n'y a point de livre qui mérite plus d'être lu non seulement de ceux qui parmi nous aiment la poésie française, mais pour parler avec saint Augustin, de ceux mêmes qui recherchent des choses solides et non des mots vides et qui ne conduisent à rien. Et c'est principalement ce qui m'a porté à le leur faire connaître.